Le Blog de prof déménage !

Il y a un moment déjà que j'y songeais... Un lecteur m'avait signalé le désagrément de pubs surgissant, ouvrant de nouvelles fenêtres. Et quelques problèmes de connexion avec mon site, certains jours, m'agaçaient un peu...

Ayant pris conseil auprès de mon ATSII (Ami Technicien Supérieur Informatique et Internet), je suis donc en mesure de vous indiquer ma nouvelle adresse :

                                        

  blogdeprof.fr

                                          

garantie sans pub !

J'espère vous y retrouver bientôt !

Au sujet de...

Finalement, il n'est pas si démodé, mon "Professor Vulgus" ! Il aurait certes besoin d'un petit coup de dépoussiérant, ne serait-ce qu'au niveau des chiffres. Il ne se couvre plus de craie (ou beaucoup plus rarement) depuis que le tableau blanc a fait son apparition. Son niveau de vie s'est amélioré en même temps que celui de la "classe moyenne". Et il y aurait peut-être un petit chapitre à ajouter, sur ses relations avec l'informatique, qui n'était pas vraiment entrée à l'école en 1989. Mais pour le reste... qu'en dites-vous ?

Dans cette plaquette, figurait aussi un récit d'anticipation sur la disparition des enseignants... Je le copierai un de ces jours... Ce n'est pas humoristique... mais cela peut être intéressant aussi, d'une autre manière...

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Je vais encore faire envie à Axel : deuxième contrôle de grammaire hier en 3ème... et même silence concentré que lors du premier... Mêmes demandes d'aide discrètes de la part d'élèves comprenant mal une consigne, et d'élèves en très grosse difficulté (qui, suivant les cours de loin en loin, n'apprenant pas les leçons, ne faisant pas les exercices au fur et à mesure... tentent tout de même "l'impossible" le jour du contrôle !). J'ai beaucoup d'admiration pour ces élèves que tout désigne comme "perdus" et qui, malgré tout, s'escriment pendant une heure sur un contrôle. Ils viennent me voir plusieurs fois (un surtout), veulent s'assurer qu'ils ont bien compris ce que je leur ai dit la fois précédente. Évidemment, je ne leur donne pas les réponses, mais j'arrive toujours à trouver, sur l'un ou l'autre exercice, une notion qu'ils connaissent plus ou moins, à laquelle ils peuvent s'accrocher. Ils ne peuvent faire tous les exercices, bien sûr. Mais ils s'attachent à "bien faire" ce qui leur (me) semble à leur portée. Et c'est déjà beaucoup !

Encore une fois, j'ai la chance d'enseigner dans une région assez calme, loin des grands ensembles. Et, si les élèves de mon collège n'ont pas grand chose à voir avec leurs prédécesseurs d'il y a 25 ans, ils sont tout aussi loin (plus encore peut-être) de ceux "des cités"... bien que certains tentent de les imiter (tenues, attitudes, langage...). Tout n'est pas gagné pour autant, et il faut chaque jour se battre pour capter - et conserver - l'attention des élèves, vite dispersés, rêveurs, bavards, ou s'occupant à quelque "activité manuelle" (manipuler ciseaux ou compas, couvrir de "blanc" leur classeur ou leur trousse, "dessiner" au feutre sur la main de leur voisin...).

C'est, à mon avis, une des différences les plus grandes entre les élèves "d'hier" et ceux d'aujourd'hui : l'immobilité leur semble tout à fait impossible, ou dangereuse. Si "la nature a horreur du vide", il semble que, de plus en plus, les enfants aient horreur de l'immobilité. Et, si leur "activité manuelle" est au départ simple occupation des mains, elle devient très vite prédominante et capte toute leur attention... au détriment du cours.

J'aurais tendance à y voir un signe du stress, voire de la névrose ambiante des adultes qui les entourent...

Le Professor Vulgus (chapitre 5 : suite)

Les maladies particulières à l'espèce (suite)

L'étape suivante est très particulière à l'espèce. Si le professeur surmené n'arrête pas son activité, il en vient rapidement à une "auto-dépréciation" et, tel Sisyphe avec son rocher, se sent de plus en plus incapable d'assurer sa tâche.On le voit alors se renfrogner, grogner, et, si on sait décrypter son langage, on s'aperçoit qu'il parle de lui en termes très dévalorisants. Il faut alors le transplanter d'urgence dans un autre milieu où il rencontrera des sujets plus sains et reprendra les forces qui lui manquent.

Le troisième stade est plus connu : le stress s'empare du professeur qui considère dès lors sa journée comme un parcours du combattant à effectuer le plus rapidement possible en perdant le moins de temps possible. Rouge, essoufflé, il court sans cesse, se perd dans les locaux, se trompe dans ses tâches, devient anxieux, l'œil inquiet, voire égaré. Là encore, une sortie du milieu s'impose pour lui permettre de retrouver un second souffle.

Au quatrième stade, le professeur est atteint de fatigue générale : il se traîne, épuisé, d'un siège à l'autre, s'affale lamentablement dans tous les coins, s'endort n'importe où, dès qu'il le peut. Il est inutile de lui demander quoi que ce soit à ce moment : il vous regardera d'un œil éteint, à peine entrouvert, et, à toute question, répondra par un [bof] accompagné dans le meilleur des cas d'un vague geste de la main tendant à illustrer sa lassitude. Il est indispensable à ce stade de le laisser prendre un très long repos, et même qu'il dorme plusieurs jours d'affilée. On conseille aussi assez souvent de transporter ces sujets en plein air (à la mer ou à la montagne, par exemple), afin qu'ils s'oxygènent au maximum et se remettent sur pied.

La dernière étape est, bien évidemment, la "dépression". C'est une très grave affection, malheureusement très répandue dans l'espèce, faute de soins ou de repos préalable (on évalue à 3,16 % l'absentéisme de l'espèce, taux très inférieur à celui des autres espèces). Le sujet devient inerte, comme "absent", se retranche dans un univers dont lui seul connaît le sens (et encore, pas toujours), et marque une indifférence prononcée pour tout, qu'il soit directement concerné ou non. Ce comportement, s'il n'est pas traité à temps, peut se muer en auto-destruction. Vu les problèmes de reproduction et de croissance liés à l'espèce, il est criminel de laisser les choses s'envenimer à ce point, et il est absolument nécessaire que les pouvoirs publics agissent pour enrayer ce fléau (7).

D'autant qu'il existe une autre source de "fuite" qui décime elle aussi l'espèce : certains spécimens, las d'une vie qui leur échappe de plus en plus et ne leur apporte que trop peu de compensations (8), cherchent une issue à leur situation et envisagent de changer de famille (en 1985, on estime à 49 % le nombre de professeurs de collège qui pensent parfois à quitter le corps des professeurs). (9)


Conclusion

Il ressort de toute cette étude que le Professor Vulgus est une espèce amenée à disparaître très rapidement si les pouvoirs publics ne se décident pas à entreprendre de toute urgence un plan de sauvetage au niveau national. On n'ose penser à ce qu'il adviendrait si, d'ici quelques années, l'espèce se raréfiait au point de disparaître. Tout l'écosystème de notre pays s'en trouverait bouleversé et on en arriverait immanquablement à la disparition progressive de toutes les espèces qui puisent leurs forces dans le groupe des professeurs. C'est pour cela que, conscients de la gravité de ce problème, nous lançons un cri d'alarme :


            SAUVEZ LES PROFESSEURS !


(7) En 1982, sur 568 instituteurs candidats à un poste de réadaptation, 153 ont été satisfaits.

(8) Si, en 1988, on prend pour base 100 le salaire moyen d'un professeur certifié pour le comparer aux autres salaires de la Fonction Publique, les personnels de direction gagnent 239,8, les administrateurs 176, les officiers (sauf généraux) 140,9.

(9) Parallèlement, la demande des congés de disponibilité a augmenté de 24 % entre 1980 et 1983.

(10) Dans le projet de loi de finances pour 1989, l'enseignement scolaire représente 15,7 % du budget de l'État, et le budget de l'Education Nationale 3,5 % du P.I.B.

Le Professor Vulgus (chapitre 5)

Croissance

Le deuxième grave problème de l'espèce, outre la raréfaction de la reproduction, est la croissance. En effet, quelle que soit son origine, le professeur est plongé dans un "milieu ambiant" qui exige de lui une parfaite adaptabilité. Or, peu de gens se soucient aujourd'hui de l'aider à croître par des stages divers qui lui permettraient de se ressourcer et donc de grandir en efficacité. Faute de quoi, livré à ses seules ressources la plupart du temps, il vit en vase clos et s'étiole (6). Cette inconséquence des pouvoirs publics à l'égard de toute une espèce tendant à se raréfier est grave, et renforce les problèmes de survie évoqués plus haut. D'autant que, de par sa fonction, le professor vulgus est sujet à des affections variées.

Les maladies particulières à l'espèce

Passons rapidement sur les maladies de type physique, bien connues de tous. Il s'agit par exemple de la scriptor crampa, douleur physique intense survenant à la suite d'un effort prolongé, comme par exemple l'écriture au tableau ou la correction de copies. Cette douleur se calme généralement après un repos prolongé.

Nous ne dirons qu'un mot également des différentes affections de la colonne vertébrale, dues à des inclinaisons souvent répétées vers des tables trop basses. Ces affections peuvent être graves et longues, et sont plus courantes chez les spécimens les plus grands.

Par contre, les maladies de type psychique sont intéressantes à étudier, tant elles sont variées et nombreuses. La plus courante est le surmenage, dû à une activité intense (voir chapitre Mode de vie). Le professeur n'arrête plus de corriger des copies, préparer des cours, et passe d'une tâche à l'autre sans respirer ou presque. Au bout de quelque temps, il devient insomniaque, ne "récupère" plus. A ce stade, il doit impérativement prendre une période de repos qui lui permettra de retrouver un œil vif et un poil brillant.

(6) En 1985, 53 % des professeurs de collège s'estiment mal formés.


P.S. Un lecteur me fait part que mon "professor vulgus" aurait dû s'appeler "Magister/Magistra Vulgaris", et me fait grand crédit en pensant que c'est pour viser un public plus vaste, n'ayant pas de bases latines, que j'ai donné ce nom à mon "spécimen". Hélas ! Je ne mérite pas une telle gentillesse ! Comme je l'ai expliqué dans les notes du 13/9 et suivantes... mes bases latines se limitent à peu près à la chanson de Jacques Brel...

P.S. Suite et fin demain... (si vous le voulez bien... ;))

Le Professor Vulgus (chapitre 4)

Reproduction

Contrairement à une opinion autrefois largement répandue, l'hominidé ne naît que rarement professeur,
il le devient. Si l'on excepte les quelque 6 % de professeurs issus de la reproduction sexuée (vivipare) de père et mère professeurs (6 % en 1962, 5,5 % en 1969) et les rares "mutants" qui, au sortir de l'enfance, marquent un désir profond d'appartenir à cette famille, l'ensemble de la population professorale se reproduit de façon non sexuée, par bouturage, greffage, voire scissiparité.

Le bouturage s'obtient à partir d'un jeune hominidé sélectionné d'après des critères variés. Il est placé en serre chaude pendant trois ans, au cours desquels il reçoit une nourriture particulièrement riche, qui lui permettra d'acquérir suffisamment de force et d'autonomie pour devenir adulte. Ce type de reproduction a d'ailleurs peu à peu été abandonné comme trop onéreux.

Le greffage se pratique sur un sujet ayant déjà achevé sa formation. De délicates manipulations permettent de sélectionner les sujets considérés comme les plus aptes qui devront très vite "faire leurs preuves". Ce mode de reproduction,couramment utilisé autrefois, tombe lui aussi peu à peu en désuétude, dans un premier temps à cause des restrictions budgétaires tendant à raréfier le nombre des élus (2) et, dans un deuxième temps, à cause du nombre de plus en plus restreint d'hominidés désirant s'intégrer dans une famille considérée comme peu valorisante et peu valorisée (3).

Le dernier mode de reproduction - la scissiparité - est assez particulier et, quant à lui, en pleine expansion. En fait, il ne s'agit pas tant d'une reproduction que de l'acquisition progressive d'un certain "don d'ubiquité". Prenons un exemple : le professor vulgus chargé d'apprendre aux jeunes hominidés les rudiments de sa langue avait en charge deux groupes d'enfants (appelés classes) avant 1977. En 1977, une réforme du système lui a permis d'en avoir trois. Grâce à une nouvelle réforme, en 1985, il peut bénéficier à lui tout seul de quatre classes. Autrement dit, à lui seul, il fait depuis 1985 le travail qui était dévolu autrefois à deux professeurs (4). L'économie réalisée est très intéressante pour les organisateurs. Quant aux enfants (5)... mais là n'est pas notre sujet.


(2) Un jeune professeur certifié gagne, en 1988, 7 653 francs mensuels ; un jeune diplômé de Centrale, de 12 500 à 15 800 francs ; de l'Edhec, 10 800 à 13 750 francs ; d'un IUT, de 7 900 à 11 250 francs (salaires d'embauche).

(3) Entre le 1/1/1982 et le 1/9/1988, le traitement net mensuel de base d'un enseignant a augmenté de 27,4 %, et l'indice des prix de 44,5 %.

(4) 18,5 % des classes de 6ème comportent plus de 24 élèves en 1974 ; 27,4 en 1980 et 37,8 en 1983.
Le taux d'encadrement officiel (nombre théorique d'élèves par enseignant) est passé de 14,8 en 1974 à 17,6 en 1981 et 17,9 en 1985.

(5) Le nombre de redoublants en collège est passé de 178 409 en 1974 à 275 835 en 1980 et à 353 365 en 1985.

Le Professor Vulgus (chapitre 3)

Nourriture

On le conditionne généralement assez bien, et une quelconque sonnerie peut déclencher chez lui une activité soudaine et désordonnée. Il a des horaires assez précis et sait d'instinct à quel moment il doit se rendre à la mangeoire commune où il avale, bon gré, mal gré, la pitance qu'on veut bien lui fournir en échange d'un ticket diversement coloré (dont il aura eu la précaution de se munir auparavant auprès des autorités compétentes). Le soir, il mange dans son deuxième habitat (habitat secondaire) et se nourrit comme beaucoup d'autres hominidés, à ceci près qu'il préfère apparemment le saucisson et les pommes de terre au caviar et au foie gras.

Locomotion

Il se déplace parfois à pied ou en transport en commun. Mais, le plus souvent, il dispose d'un véhicule de dimensions et de prix modestes, pas toujours en très bon état. On le voit rarement à moto ou à bicyclette, jamais (à notre connaissance) à patins à roulettes ou sur une patinette à pédale.

Mode de vie

Il est extraordinairement actif, même pendant ses périodes de repos. Ainsi, une recherche menée en 1982 évalue à près de 50 heures hebdomadaires son activité, dont plus de 11 heures la nuit (entre 20 heures et 4 heures) ou le week-end, période d'inactivité généralement respectée chez les hominidés de toutes familles. Sans doute est-ce cette activité intense qui lui donne une certaine instabilité (voire chapitre des Maladies de l'espèce) ou qui le contraint à envisager de changer de territoire (20 % de l'espèce en 1985).

Le Professor Vulgus (chapitre 2)

Mouvements et attitudes

Pourtant, il se peut que vous le rencontriez, au hasard d'un trajet en RER, en pleine action. Alors, regardez-le...

Dès l'abord, vous l'avez reconnu grâce à ses appendices et à son air tendu, anxieux. Il s'assoit dans un coin et ne tarde pas à ouvrir son appendice manuel. Ne vous inquiétez pas : cela ne lui cause aucune douleur, malgré la crispation des mâchoires que vous avez notée lors de cette opération. Il extrait du cartable un paquet blanc et un stylo rouge qu'il pose sur ledit cartable. C'est l'heure de la chasse.

La tête dans les épaules, il se concentre sur sa proie et paraît prêt à bondir sur elle. De fait, vous le voyez saisir son stylo rouge et griffonner rageusement sur le dessus du paquet qu'il effeuille fébrilement, semant de ci de là de multiples traces sanguinolentes de son passage. Il est à ce moment complètement obnubilé par son instinct de chasseur, et inconscient de ce qui l'entoure. Si, par chance, vous l'accompagnez jusqu'au bout de sa quête, vous pourrez voir, quand le paquet blanc, entièrement effeuillé, se sera reconstitué sur la banquette voisine, une forme d'apaisement sur ses traits. Il se redresse, jette un regard alentour, reprend conscience du monde extérieur, baisse les épaules : une détente s'opère. Il remet alors paquet blanc (copies) et stylo rouge dans son cartable et, décontracté, regarde le paysage. Il ressemblerait alors presque à n'importe quel autre hominidé, malgré son front soucieux.

Par contre, vous n'aurez sans doute pas l'occasion de l'observer dans son habitat premier, face aux jeunes hominidés auxquels il tente d'inculquer quelques rudiments de connaissance. Là, s'il semble toujours tendu et anxieux, il est aussi plus bruyant et ses attitudes sont très différentes (bien qu'il lui arrive aussi de rester assis, chassant les élèves comme vous l'avez vu chasser les copies). Il peut marcher de long en large dans l'espace qui lui est réservé (le professor vulgus a un sens très aigu de la hiérarchie et du territoire que le chef lui attribue), ou bien tourner le dos aux élèves pour couvrir de taches blanches un panneau vert (écriture au tableau), ou bien encore se plier en deux pour mieux suivre l'apprentissage d'un enfant (voir chapitre des Maladies de l'espèce).

Le Professor Vulgus

J'étais d'accord hier avec notre "cher" ministre, quant aux protestations des enseignants, qui se répètent régulièrement... "comme si" on ne les écoutait jamais...

Voici une petite plaquette, éditée par la Coordination des enseignants de l'Essonne... en janvier 1989, dont je suis (modestement) l'auteur.

Le Professor Vulgus

Généralités

Le professor vulgus, ou professeur, appartient à l'embranchement des Vertébrés, classe des Mammifères, ordre des Primates, sous-ordre des Hominidés, famille des Fonctionnaires.

Son origine est assez lointaine, mais l'espèce s'est surtout développée en France à la fin du XIXème et au XXème siècle, particulièrement de 1950 à 1970 (1).

C'est un animal qui présente de nombreuses particularités, dont la moindre n'est pas le nombre décroissant de mâles. Sans doute est-ce pour cela qu'il se reproduit de moins en moins de façon sexuée (voir chapitre de la Reproduction). On reconnaît aisément ce bipède particulier grâce à son poil grisonnant, son pelage souvent marqué de taches crayeuses, et à deux appendices sont il est pratiquement toujours pourvu : un appendice oculaire (ou binoculaire) et un appendice manuel (appelé aussi cartable, serviette ou mallette, selon son origine ou ses prétentions sociales).

Il possède un langage articulé qui semble assez élaboré, mais utilise souvent quelques cris que l'on peut transcrire ainsi :
[tezevulabaofon]
[sebjentolesvakansmekantonapadesu]


et surtout [le kopi le kopi le kopi] qui se termine généralement par un lamento suraigu dans les cas désespérés.

Habitat

Animal sociable par excellence, il dispose le plus souvent de deux habitats très différents : l'un dans lequel il passe la plupart de ses journées, en compagnie de jeunes hominidés (très vaste, il s'apparente aux casernes des humains) ; l'autre est réservé à son usage personnel ou familial (il vit souvent en couple, voire en famille) et se situe de préférence dans une cité HLM ou pavillonnaire bon marché. Du fait de cette diversité, il est parfois difficile de l'observer en action, sauf si l'on s'est spécialisé en professorologie au point d'obtenir le grade d'Inspecteur.

(1) Le nombre des professeurs certifiés est passé de 11 204 en 1951 à 72 822 en 1978.
Le nombre d'enfants scolarisés dans le premier cycle est passé de 2 093 700 en 1938 à 3 152 100 en 1977.

Papa, papa, t'es plus dans l'coup !

"On vit une époque formidable !" (dixit Reiser). Alors que le ministre de l'Education Nationale offre 220 000 € à la société qui pourra lui indiquer ce que pensent tout bas les profs en espionnant leurs blogs et forums, il se bouche les oreilles quand les enseignants crient leur opinion en faisant grève et en manifestant !

La grève est démodée, dit-il. Le dialogue aussi, sans doute...

"Les professeurs, en tous les cas, méritent mieux que d'avoir des syndicats dont la fonction principale est d'organiser la résistance au changement, comme si le monde ne changeait pas autour de nous."

Notre ministre a sans doute oublié que ces syndicats "réactionnaires" (si je traduis bien son propos...) ont fait aussi des propositions ! Ils ne se contentent pas de dire "non", ils réfléchissent aux améliorations souhaitables pour les élèves comme pour les enseignants ! Je suppose qu'il n'a pas pris la peine de lire ces propositions... Mais, évidemment, les intérêts ne sont pas les mêmes... Si le but (avoué) du gouvernement est de réduire les coûts de l'Education, celui des syndicats est d'améliorer un système en butte à de nombreux problèmes.

Entre parenthèses, ce besoin de faire des économies sur l'Education n'est pas nouveau : la création et l'entretien des bâtiments scolaires, par exemple, sont passés depuis longtemps aux collectivités territoriales ; la suppression des classes et écoles "déficitaires" (comme si une école pouvait faire des "bénéfices" !) se pratique régulièrement ; l'encadrement de plus en plus réduit (professeurs et surveillants) dans les collèges et lycées se poursuit depuis pas mal d'années...

"J'ai fait un rêve" (Martin Luther King) : un jour, un gouvernement comprendra que son rôle n'est pas simplement d'avoir le pouvoir, d'en user et d'en abuser, mais plutôt de préparer l'avenir (même s'il n'est plus au pouvoir !)... L'avenir, ce sont les enfants d'aujourd'hui qui le tiennent dans leurs mains. Et c'est une sacrée bonne raison pour leur donner de quoi construire l'avenir !

"La casse du service public, le manque de moyens, la colère des personnels, le ministre qui n'entend pas, le mépris... Combien de fois a-t-on entendu ça depuis une trentaine d'années ? Et donc je crois que, même si j'entends cette grève, je crois que cette manière d'aborder les problèmes est une manière démodée."

Voyons, voyons... Et si les personnels, justement, avaient toujours les mêmes motifs de crier leur désaccord ? Si les ministres qui se succèdent refusaient toujours aussi obstinément de les entendre ? Si ces ministres refusaient de prendre en compte l'évolution de la société et d'apprécier les difficultés croissantes des enseignants ?

Un autre ministre avait dit que le nombre d'élèves par classe n'avait pas l'importance qu'on lui accorde, que lui-même avait donnu des classes de 40 élèves et plus, où l'enseignant "savait" se faire respecter... Moi aussi, j'ai enseigné dans des classes de plus de 40 élèves... mais c'était il y a 40 ans ! Et quelques "petites" choses ont changé depuis ! Aucun parent ne portait plainte contre un professeur qui avait giflé son fils, à l'époque ! Aucun élève ne portait la main sur son professeur ! Aucun élève ne se permettait d'insulter son professeur, ni d'être grossier envers lui !

"L'une des raisons de cette grève, ce sont les suppressions de poste dans l'Education nationale. 8.500 postes supprimés en 2007. 11.200 en 2008. Et on prévoit 13.500 suppressions de poste en 2009. Comprenez-vous que les enseignants en aient assez de voir tous ces postes supprimés ?

Mais la question n'est pas de savoir combien ils sont mais comment ils vont. La question est de savoir quels sont les services que nous rendons. Les courbes qui m'intéressent, ce sont les courbes des résultats, ce n'est pas les courbes du nombre des enseignants
."

Ah ! Nos chères statistiques ! Les courbes des résultats ! Et ces courbes, elles disent que les résultats sont meilleurs quand les élèves sont à 40 dans une classe ? Que nous rendons davantage de services si les enseignants sont moins nombreux ? Alors, supprimons-les tous ! Les résultats n'en seront que meilleurs ! C'est sans doute d'ailleurs dans cette optique que l'on va supprimer à partir de la rentrée prochaine les "Réseaux d'Aide Spécialisée aux Élèves en Difficulté" (RASED) : qu'est-ce qu'on en a à fiche, des élèves en difficulté ? Ils coûtent bien trop cher ! Ils n'ont qu'à aller en apprentissage !

"le mépris", disiez-vous, Monsieur le Ministre ? Toute votre interview en déborde...

(Source : http://www.rtl.fr/fiche/2514414/xavier-darcos-les-suppressions-de-postes-se-poursuivront-dans-l-education.html)

Le B2i (suite de suite)

Bon, je termine aujourd'hui mes petites réflexions sur le B2i... d'autant qu'on m'a fait remarquer que tout cela était très technique, et n'intéressait pas vraiment ceux qui n'avaient pas l'immense privilège d'œuvrer dans l'Education Nationale...

Voyons donc la suite de notre deuxième domaine :

2.5) J'applique des règles de prudence contre les risques de malveillance (virus, spam...).

Là encore, très bien d'en avertir les élèves, et de les initier à quelques pratiques simples. Mais pour vérifier qu'ils savent le faire...? Les ordinateurs du collège sont bien évidemment "verrouillés" contre les virus ! Quant aux spams... Ce n'est généralement pas sur les comptes courriel du collège qu'ils arrivent...

Quant aux autres domaines, ils me semblent résulter d'un apprentissage méthodique particulier, et non d'exercices variés au sein d'une ou l'autre matière enseignée. Se servir d'un traitement de texte ne s'invente pas ! Quand j'y ai initié des classes, j'ai créé des exercices spécifiques comportant diverses manipulations à effectuer. Ou alors, on part du principe que la plupart des élèves "savent" déjà... donc se servent d'un ordinateur à la maison ! C'est le cas pour la grande majorité des élèves de mon collège... mais ce n'est sûrement pas le cas pour tous les collèges !

Alors, ce B2i ? Il me semble partir d'un principe erroné, à savoir que les élèves peuvent avoir des "compétences" sans avoir besoin de "cours". Or, le but annoncé étant de pallier la grande diversité des pratiques des élèves (dépendant en grande partie de leur milieu social), je ne vois pas très bien comment un élève n'ayant jamais - ou presque - approché un ordinateur, peut acquérir des compétences sans enseignement. La "mise en situation", intéressante en elle-même, n'est valable que pour les élèves ayant déjà des notions et des pratiques.

Donc, retour à la case départ : puisque le programme de technologie comporte l'apprentissage et la pratique de l'informatique... pourquoi créer de toutes pièces cette "attestation" ?

D'ailleurs, comme le signalait Axel dans son commentaire... il est des collèges où ce sont les professeurs de technologie qui valident les compétences requises...